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Le cœur de Maha
Anne Frank, malgré tout
Par Maha Hassan
Elle reste seule dans la nuit, toute seule. Elle ne bouge pas, elle ne réagit pas à l’obscurité, ni à la solitude.
Je la vois de ma fenêtre qui donne sur sa place, où sa statue me tourne le dos, alors que son visage regarde vers l’avenir, l’avenir qui est quelque part.
Quand je rentre tard, je préfère traverser la place, où plusieurs petits passages débouchent sur mon appartement. J’essaye de toucher sa solitude, cela me fait mal qu’une petite fille reste seule dans la nuit, mais je sens sa sublimité, elle n’a besoin de personne.
Anne Franck ne me regarde jamais, elle ne regarde personne, elle regarde très haut, vers l’avenir. Je suis là, derrière elle. On est séparées toutes les deux, elle, dans sa statue verte, et moi, derrière ma fenêtre, par cet arbre, mon noisetier.
Je la regarde chaque matin, entre les branches de mon noisetier, elle est là, toujours là, elle garde la même position face au monde, son regarde toujours tourné vers l’avenir, un temps qui n’est pas encore arrivé.
Il pleut, Anne est là, lève sa tête haute, comme si elle était attachée avec une corde invisible. Il neige, la statue verte devient blanche, mais Anne ne s’y intéresse pas.
Elle est là, pleine d’espoir, elle ne bouge pas, ne réagit pas, ne réclame pas, ne change pas… Malgré la nuit, la solitude, l’obscurité, la pluie, la neige, le soleil, les bruits des enfants qui jouent à côté, les fleurs qui poussent autour d’elle, les oiseaux qui se reposent sur sa tête, ou ses épaules, l’arbre qui nous sépare d’elle, nous tous qui habitons derrière elle. Elle est là malgré tout. Seule, forte, en attendant l’avenir que personne ne connaît, sauf elle peut-être… Elle regarde quelque part, ou nulle part ; mais que regarde Anne Frank ?
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