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L’œil de Lisa, une Italienne à Paris

Par Lisa Tormena

"Quoi ? Vous êtes italiennes ?! Si je l’avais su, je ne vous aurais pas pris en photo, eh". Ce petit sketche a eu lieu au Pont des Arts il y a quelques jours. D’un côté, il y avait moi et deux autres filles italiennes avec un téléphone portable utilisé comme appareil photo, de l’autre côté un jeune garçon français et sa copine, qui paraissait très amusée par la brève mise en scène qui a suivi. Je ne réussissais pas à déchiffrer leurs visages, à comprendre s’ils étaient en train de plaisanter ou de parler sérieusement. Encore plus, je ne saisissais pas le sens de l’exclamation du garçon. Pourquoi il ne nous aurait pas pris en photo si il l’avait su, nous demandions-nous en silence. Nos regards étonnés lui ont dit tout cela et il nous à souri : "Cette fois, ça ne se passera pas comme au championnat du monde, vous verrez". Et on a compris : on est obligée de respirer l’air de l’Euro 2008.

De retour au foyer de Saint Ouen où on loge, on a été accueillies par des sourires allusifs et un peu ironiques. L’Italie avait perdu trois-zéro contre la Hollande, a-t-on su peu après. Il importait peu que le foot ne nous intéresse pas, et que nous ne sachions rien des résultats de la journée. L’impression était celle d’une petite satisfaction qu’ils voulaient prendre à notre désavantage et, je crois, pour oublier un match français pas trop bien joué contre la Roumanie. La rivalité entre les supporters de la France et de l’Italie dans le football date d’il y a des décennies et elle s’est sûrement "appesantie" depuis les années 90 et pendant l’Euro 2000, quand tous les Italiens, collés aux télévisions chez des amis ou dans les bars convertis en mini-salles de cinéma pour l’occasion, ont vu leur équipe perdre à la dernière minute. La cerise sur le gâteau a été la victoire de l’Italie au championnat du monde, qui a été vécue par la grande majorité des supporters, ou mieux, pour la grande majorité de la population de la Botte, comme une douce vengeance pour les défaites cuisantes du passé.

Il parait que dans nos deux pays, il y a la même passion démesurée pour les équipes nationales, capables d’attirer et séduire, pour quelques semaines, même ceux qui ne sont pas vraiment des amateurs du calcio. Différentes, les couleurs, mais même fanatisme de beaucoup de gens. Il y a un élément, en apparence, qui distingue l’Italie de la France : l'attachement au drapeau tricolore. L’image de l’Hexagone dans la Péninsule est celle d’un Pays très nationaliste où ses habitants aiment leur drapeau pas seulement pendant les grandes compétitions de foot, quand un soldat tombe en zone de guerre, où pendant les manifestations de la droite. Chez nous la situation est un peu différente. Même aujourd’hui, la perception d’une partie des Italiens est que le drapeau n’appartient pas à toute la population, mais qu’il est prérogative et symbole du nationalisme de filiation fasciste.

Le mot "patriotisme" n’est pas trop bien connu ni aimé. Notre histoire, nos classes politiques, les luttes ouvrières et estudiantines du passé, ainsi que les "guérillas" entre jeunes de gauche et jeunes de droite des années 70, tout cela semble nous dire que le drapeau blanc, rouge et vert ne concerne pas tout le Pays. Le Président de la République, le grand-père des Italiens, Carlo Azelio Ciampi, parait confirmer cette "sensation" chaque fois qu’il rappelle la "nécessité de redécouvrir la valeur de notre drapeau tricolore, symbole de nos libertés civiles" qui signifie "rattraper la mémoire commune et notre identité".

Pour l'instant, le risque de ne pas voir des drapeaux italiens qui sortent des vitres des voitures ou suspendus aux fenêtres est lié aux résultats des matchs. Entre temps, le premier effet, comme dans l’ancienne Rome avec les gladiateurs, est une temporaire anesthésie qui fait oublier à une partie des Italiens les problèmes qui touchent maintenant notre pays. Avec neuf travailleurs décédés violemment en deux jours à cause des insuffisantes mesures de sécurité (question chaude depuis le "massacre à la Thyssen-Krupp" de Turin en décembre 2007 où sept jeunes ouvriers sont morts brûlés), l’équipe nationale devra donner le meilleur d’elle même la prochaine fois …

 

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