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Il était une fois…

Par l'Oeil de l'exilé

Il était une fois un Monsieur aux cheveux sombres et au teint halé, mais cela aurait pu être une Dame à la chevelure plate ou frisée, blonde, brune ou rousse, à la peau d’un joli rose, d’un bel ivoire vieilli ou d’un noir chatoyant. Nous avons choisi un homme car il faut à un moment ou l’autre trancher. Il s’agit donc d’un Monsieur aux cheveux sombres et au teint halé né et vivant dans un pays lointain qui attire moult touristes de pays également lointains. Ils viennent en nombre, en groupes, en grappes, pour le soleil, les plages, les montagnes, les collines aux pentes douces, la vie peu chère, les animaux et l’amabilité légendaire des locaux selon les guides des folliculaires industrieux. Malgré le barrage de la langue, certains de nos voyageurs plus sensibles que d’autres remarquent parfois qu’hors les sentiers battus la vie semble compliquée pour les autochtones, que les sourires sont figés, comme obligés, que la télévision locale est ubuesque et que la gente militaire patauge à l’aise, sans la moindre pudeur, comme un caïman dans son marigot.

Donc, notre ami aux cheveux sombres et au teint halé a pour malheur personnel d’avoir des velléités intellectuelles. Il doute, pense et parfois propose. Activités des plus grotesques et répréhensibles dans notre idyllique contrée. Alors, un jour funeste après des mois de harcèlements, de menaces et quelques arrestations brutales, il fuit son pays pour protéger les siens des vindictes étatiques et miliciennes. Grâce à quelques aides locales il obtient un visa en bonne et due forme pour notre belle France afin d’y demander l’asile politique. Pourquoi chez nous ? Parce qu’il a depuis fort longtemps, ancré en lui, cette idée d’une France patrie des droits de l’homme et l’image de quelques chefs d’état frondeurs et courageux face à l’adversité.

Une fois sur notre sol, aidé et pris en charge par des associations et des services sociaux, il obtient au bout de quelques mois son statut de réfugié politique, son dossier est des plus clair et l’impossibilité de retourner sans risques dans son pays avérée. Désormais protégé de tous, il est comme nous autres français, hors le droit de vote et l’accès à la fonction publique.

Sa femme et ses deux enfants lui manquent terriblement. Courriers, mails et téléphones n’y suffisent, il veut les serrer contre lui, retrouver l’ineffable douceur des bras de son épouse, les rires joyeux des enfants qui grandissent loin de lui. Alors il met les bouchées doubles, il lui faut parler français, il engage une formation pour se reconvertir professionnellement, il travaille, trouve un logement, car il sait, il a apprit depuis son arrivée, il lui faut tout cela pour pouvoir faire venir sa famille, pour retrouver ce qui fait sa vie, pour réussir LE REGROUPEMENT FAMILIAL.

Il entreprend les démarches, confiant, car pour lui, c’est une évidence, si on lui accorde protection, il l’obtiendra pour sa famille, cela ne peut-être autrement, Sinon, rien n’a de sens, c’est une prison pour une autre. Et là les choses se compliquent, traînent de longs mois, de longues années, il lui manque toujours un papier, le double, le triple, le quadruple du certificat de naissance du petit dernier, de son certificat de mariage, un tampon… Et notre Monsieur de désespérer, déjà trois années qu’il a fuit, encore combien de temps avant de retrouver les siens. La complicité qu’il avait avec sa femme n’est plus ce qu’elle était, il le sent bien, elle a perdu confiance, l’aime-t-elle encore ? Ses enfants l’ont oublié, il ne représente rien pour eux. Comment se reconstruire lorsqu’on est envahi par le vide…

L’œil de l’exilé va s’intéresser dans ses prochains numéros au REGROUPEMENT FAMILIAL, qu’est-il ? A-t-il une raison d’être ? Que représente-t-il réellement et démographiquement pour la France ? Comment est-il organisé ? Désorganisé ? Pourquoi est-ce si long, si kafkaïen voire ubuesque ? Entretiens, analyses, constats, témoignages, toute la rédaction de l’œil va s’y atteler. Vous saurez tout sur le regroupement familial.

 










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