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Hao Zhiyi, ressortissant chinois : "On va m’obliger à faire venir ma famille clandestinement"

Par Landing Dieme

Arrivé en France comme clandestin, Hao Zhiyi a du se battre pour obtenir des papiers en règle. Mais à peine ce combat fini, le voila engagé sur un autre front : celui du regroupement familial. Depuis 2003, le jeune Chinois se bat pour faire venir sa famille. Sans succès. Les nombreuses tracasseries administratives sont passées par là. A bout de souffle, il n’écarte pas de les amener clandestinement.

1994, Hao Zhiyi quitte son pays natal, la Chine, pour regagner la France. Dans l’espoir d’y faire fortune. Sans papiers, il est obligé, pendant de longues années, de se contenter de petits boulots, mal payés, souvent au noir car non déclarés, en attendant de pouvoir régulariser sa situation. Huit années se sont écoulées. Sans que le Chinois ne puisse voir sa famille. Sa femme et ses trois enfants. Des années au cours desquelles il a connu la galère. Celle de ne plus pouvoir retourner au pays, du moins tant qu’il ne sera pas en règle. Celle, aussi, de devoir jouer à cache-cache avec les policiers et les contrôleurs du travail.

Il n’a par contre pas connu le chômage. Enfin presque. Dès son arrivée en France, le jeune homme a été pris en charge par des compatriotes. Tous venus, comme lui, par le même « canal ». Par le biais d’une "structure" fantôme chargée d’aider les Chinois à venir travailler en France. En fait, il s’agirait d’un réseau chinois d’immigration clandestine qui faisait venir de Chine des hommes et des femmes engagés ensuite dans des entreprises tenues par des Chinois. Le milieu de la restauration surtout.

Huit ans après son arrivée en France, Hao est enfin régularisé. Il avait, entre temps quitté son job dans la restauration pour travailler dans une société d’assemblage des pièces détachées pour véhicules. Avec de faux documents. Puis cap sur le Nord de la France où, au hasard d’une conversation, un patron a bien voulu l’engager dans sa boîte. Régularisé en 2002 avec l’aide de son nouveau patron, Hao s’est rendu à deux reprises dans son pays. Afin de revoir ses parents. Mais surtout sa petite famille qu’il n’a pas vue pendant plus de huit ans. Si ce n’est à travers les photos.
L’année suivante, il entame des démarches en vue d’un regroupement familial. Les premières nouvelles sont plutôt bonnes, rassurantes. Au bout de deux mois, les services du ministère des Affaires étrangères lui adressent un courrier. Celui-ci lui dit que son dossier, suit le circuit normal. Hao exulte. Il est aux anges. Il pourra faire venir sa famille. « Lorsque j’ai reçu le courrier, je me suis dit que ça y est, que ça allait marcher sinon ils ne m’auraient pas répondu aussi vite », déclare t-il.

Pourtant, il va déchanter. Presque aussi vite qu’il avait été gagné par l’euphorie de la première réponse. Les jours passent, les semaines, les mois aussi. Sans qu’aucune suite ne soit donnée à son dossier. Il commence à perdre patience. Dix mois après, il envoie une lettre de relance. On lui signifie que "des vérifications sont en cours afin d’authentifier tous les documents d’état-civil" qu’il a joints à son dossier. "On m’a dit que si ça prend du temps, c’est parce qu’ils sont entrain de procéder à des vérifications. Qu’ils voulaient savoir si les papiers que j’ai présentés étaient bons", dit-il. Pas plus. Et les mois s’écoulent.

"J’ai alors décidé de me rendre au pays pour voir s’il était possible de faire sur place pour les faire venir". Peine perdue. "Tout se décide à partir de la France", s’entend t-il dire. Son voyage ne lui a servi à rien. Sinon à revoir une deuxième fois sa famille. Seulement.

A son retour, il trouve dans sa boîte aux lettres un courrier qui, cette fois, lui notifie le refus de la France à lui autoriser le regroupement familial. "C’est comme si le ciel m’était tombé sur le tête. Alors que je m’attendais à une réponse positive, on m’a notifié le refus au motif que je ne dispose pas d’un logement pouvant accueillir une famille de cinq personnes". Lui, sa femme et ses trois enfants. L’homme est abattu, presque effondré. Mais il n’entend pour autant pas baisser les bras. La présence de sa famille à ses côtés compte beaucoup à ses yeux. Entre temps, sa femme a accouché d’un mignon petit garçon.

"Je n’ai pas baissé les bras, il me fallait me battre pour faire venir ma famille. Je ne peux pas continuer à les laisser en Chine. Pour la stabilité de mon ménage mais aussi pour l’éducation de mes enfants, ma famille doit être à mes côtés. Alors, j’ai décidé de faire un sacrifice en cherchant un appartement beaucoup plus grand", raconte t-il. Depuis 2004, il a aménagé au quartier de Lille-Fives, dans un F4 (trois chambres et un salon) qu’il paie 545 euros tous les mois. Assez de place pour faire venir les siens. "J’espérais que de cette façon, la procédure allait être rapide".

Mais Hao doit encore continuer à prendre son mal en patience près de deux ans après son déménagement. Son dossier traîne sans qu’il ne sache vraiment où se situent les véritables raisons du blocage. "Je n’y comprends plus rien. Tantôt on me dit que mon logement est petit, tantôt on me dit qu’on vérifie les papiers que j’ai fournis. Et là je loue depuis deux ans cet appartement, mais il n’y a pas d’avancée. C’est comme si on voulait simplement se moquer de moi", peste t-il. Il dit plus être en mesure d’occuper un appartement qui lui coûte cher. "Je suis en train de voir s’il ne faudrait pas le laisser parce que si je l’ai pris c’est pour ma famille. Seul, je peux vivre dans un studio. A quoi sert ce logement si je ne peux pas faire venir ma famille ?", se demande t-il.

Le jeune homme avait, même à un moment envisagé une solution alternative avant d’y renoncer. Pour le moment. Certainement la plus facile, mais aussi celle qui suppose un autre sacrifice, un autre combat : faire venir clandestinement sa famille. "L’année dernière, j’avais voulu les faire venir par le biais de passeurs. Mais je me suis dit après que ça allait être un autre combat parce que je sais combien c’est dur de vivre sans papier ici. Moi je l’ai fait pour le bien de ma famille, mais je ne voudrais pas que mes enfants et ma femme se retrouvent dans cette situation", fait-il remarquer.

Pourtant, l’idée de faire venir sa famille par le biais de réseaux mafieux lui trotte à nouveau la tête depuis que le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration est passé devant l’Assemblée nationale. "Si c’est la dernière solution, je la choisirais parce que je ne peux pas continuer à vivre ici sans ma famille. On va m’obliger à faire venir ma famille clandestinement. Parce que psychologiquement, c’est difficile à supporter et financièrement aussi je suis obligé, tous les mois, d’envoyer de l’argent. J’aurais pu faire des économies s’ils avaient été là", déclare Hao. La nouvelle loi sur l’immigration le rend davantage pessimiste. "Déjà que j’ai du mal à obtenir le regroupement familial, avec la loi Sarkozy ce sera plus dur", dit-il.

Il se sent à la fois si proche et si loin des siens. Si proche parce que la France "patrie des droits de l’homme autorise le regroupement familial". Mais si loin aussi parce que "sans la venue de (sa) famille, (sa) présence en France n’aurait aucun sens". "On ne peut pas se sentir bien ici tant qu’on n’y a pas sa famille. Quelques fois je mange, mais franchement le cœur n’y est pas car je pense toujours à ma femme et à mes enfants. Tant qu’ils ne seront pas là, je vais souffrir", dit-il.
Hao est d’autant plus pressé à obtenir le regroupement familial que ses deux premiers fils ont respectivement 16 et 14 ans. Il sera difficile, voire impossible de les faire venir dès lors qu’ils auront atteint la majorité. Pour lui, le compte à rebours est lancé. Pour lui aussi, la vie en France est un éternel combat : pour le titre de séjour, pour le travail, mais aussi pour le regroupement familial, gage d’équilibre social.










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