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Pendant 5 jours, des collégiens et des lycéens ont été réunis autour du thème « S’informer pour comprendre le monde », l’occasion pour eux de revenir aux fondamentaux des médias par l’intermédiaire de discussions déconstruisant les idées reçues et de s’approprier les droits et devoirs de celui qui est à l’origine de l’information : le journaliste. Entre interviews et rencontres avec les scolaires, pour la quinzième année consécutive la Maison des journalistes était en première ligne pour sensibiliser à la nécessité de « l’information responsable » et inciter les jeunes à développer leur esprit critique.

Sakher Edris, journaliste syrien, au lycée Jacques Brel à la Courneuve

Série de rencontres Renvoyé spécial

La Maison des journalistes, acteur majeur de la semaine de la presse et des médias organisée par son partenaire le CLEMI, a mobilisé quatre de ses journalistes pour aller à la rencontre des élèves. De Lille à Deauville, en passant par La Courneuve ou Provins, les journalistes exilés ont sillonné la France pour témoigner en tant que professionnels des médias.

Mardi 22 mars : Escale au Nord et en Normandie

Deux rencontres ont eu lieu le mardi 22 mars 2022. À Lille, Manar Rachwani, a rencontré des élèves du Lycée technique, professionnel et général César Baggio. Journaliste syrien ayant travaillé une grande partie de sa vie en Jordanie, Manar est revenu avec les lycéens sur l’état de la liberté de la presse dans les pays du monde Arabe. Lors de la rencontre il a échangé avec les élèves sur les techniques qui, selon lui, mettent à mal la liberté des médias : l’autocensure, la juste privée c’est à dire le musellement des journalistes du fait de procès engagé par des groupes privés et l’information prédéfinie par les gouvernements. Pour le journaliste, ces trois situations sont un fléau pour la Jordanie, mais aussi pour certains pays européens.

Le même jour, Mariam Mana journaliste afghane s’est rendue au lycée André-Maurois de Deauville dans le Calvados. Accueillie chaleureusement par les élèves de première spécialisés en géopolitique, la journaliste a eu l’occasion de rappeler l’importance du fact-checking  face à des situations comme celle de l’Ukraine ou l’Afghanistan et de s’exprimer sur la place de la femme dans ce pays tenu par les Talibans.

Jeudi 24 mars : initiation au journalisme citoyen pour élèves de Provins

Pour le troisième rendez-vous, Samad Ait Aicha journaliste d’investigation marocain s’est rendu à Provins pour sensibiliser les élèves du collège Jules Verne sur les thématiques de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Lors de cette rencontre, Samad, qui est considéré comme l’une des figures centrales du journalisme citoyen marocain, est revenu sur la démocratisation des voies d’information et de la nécessité de chacun de se saisir de son smartphone pour participer à la production d’une information libre et éclairée.

Vendredi 25 mars : la Syrie invitée à la Courneuve

La Semaine de la presse et des médias s’est achevée pour la Maison des journalistes par la rencontre entre le journaliste syrien Sakher Edris la seconde du lycée Jacques Brel de la Courneuve. Pour l’occasion, l’ancien résident de la MDJ a raconté son histoire au travers du tragique destin de la Syrie : la prise du pouvoir par la famille Assad, l’emprisonnement de son père et son oncle, la tentative de révolution du peuple au moment du Printemps arabe… Au regard de l’actualité ukrainienne, Sakher qui a l’habitude d’aller à la rencontre des scolaires, a adapté sa présentation afin de faire un parallèle entre la guerre en Ukraine et celle en Syrie. Par l’intermédiaire de photographies de guerre, le journaliste a montré aux élèves les similarités entre les deux champs de batailles. Selon le média local Regard, présent lors des échanges, cette rencontre a suscité beaucoup d’admiration de la part des étudiants qui ont posé d’innombrables questions.

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Mariam Mana, journaliste afghane au lycée André-Maurois à Deauville
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Le journaliste syrien Sakher Edris et l’équipe de la MDJ au lycée Jacques Brel à la Courneuve
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Samad Ait-Aicha, journaliste marocain au collège Jules Verne à Provins
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Darline Cothière au micro de NRJ 12

À l’occasion de la semaine de la presse, Darline Cothière, directrice de la MDJ a été interrogée par NRJ12 sur la liberté de l’information et tous ses aspects, elle en a profité pour rappeler que « La liberté de la presse est fondamentale parce qu’elle permet de garder un équilibre démocratique et qu’on a besoin d’être informé pour comprendre le monde qui nous entoure, car lorsque la liberté de la presse est bafouée, c’est une atteinte à la démocratie, c’est une atteinte au citoyen. C’est malheureusement ce qui arrive dans les régimes totalitaires et liberticides ».

Jeudi 9 mars 2017, les élèves de Seconde Bac Pro Commerce et Accueil, accompagnés de leur conseillère principale d’éducation Sophie Stephant, de leur professeure documentaliste Aurélie Desperiez, de leurs professeures de lettres et d’Histoire Cécile Conteh et Brigitte Évard, ont rencontré Gulasal Kamolova, journaliste ouzbèke, dans le cadre de l’opération Renvoyé Spécial organisée au Lycée Professionnel Arthur Rimbaud de la Courneuve (93).

Crédits photo : Sergio Corona

« Qu’est-ce qui a changé depuis la mort du président Karimov ? Rien. Je voulais rentrer en Ouzbékistan après la mort du président le 2 septembre 2016. J’ai crié  »Hourra, je rentre chez moi ! » Mais mes amis m’ont prévenue : si tu reviens tu seras arrêtée à l’aéroport. Je ne peux pas rentrer chez moi. »

La journaliste Gulasal Kamolova a expliqué les raisons de son exil, comparé la situation de la liberté de la presse dans son pays et en France et s’est attardée sur les cas de corruption dans son pays. Les lycéens  ont été particulièrement émus lorsque Gulasal Kamolova a évoqué sa famille et la douleur de l’exil. Apprendre que dans ce pays d’Asie centrale, les enfants sont réquisitionnés chaque année pour assurer la récolte du coton, a été un véritable choc pour le public présent.

Ex-rédactrice au sein d’une télévision privée en Ouzbékistan, correspondante à Moscou pour le compte de la radio Liberté puis journaliste freelance en Ouzbékistan de 2011 à 2015, Gulasal Kamolova, menacée plusieurs fois de mort, a fini par quitter son pays et arriver en France. Même si la jeune femme est, aujourd’hui, loin de ses proches et de son pays, elle ne « »regrette rien », comme Edith Piaf ».

« Je ne peux pas vivre sans mon travail, le journalisme c’est ma vie ».

Un échange a eu ensuite lieu entre les élèves, les membres de la Maison des journalistes et Gulasal Kamolova autour de questions préparées en amont par la classe. Une réflexion a notamment été menée autour des limites de la liberté d’expression et des enjeux de la profession de journaliste en France.

Gulasal KAMOLOVA explique la signification du drapeau de l’Ouzbékistan aux élèves Bac Pro Commerce et Accueil du Lycée Professionnel Arthur Rimbaud. ©Camille PEYSSARD-MIQUEAU

Des élèves heureux d’avoir rencontré et échangé avec la journaliste comme le prouvent ces témoignages :

« Respect, respect, respect, continuez à exercer vos rêves même si c’est interdit !»

« Je souhaite du courage aux journalistes exilés et plein de réussite et que tout s’arrange pour le mieux et qu’ils puissent faire ce qu’ils aiment sans fuir leur pays et être loin de leur famille »

« Ce qui m’a frappé dans ce témoignage c’est son vécu, surtout le moment où elle a parlé de sa famille, ça m’a vraiment touché »

« J’ai appris beaucoup de choses, par exemple que dans d’autres pays, il n’y a pas vraiment de liberté d’expression »

Ci-dessous la galerie des photos de Sergio Corona :