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L'"Equestrian Club" de Bagdad
Dans les coulisses du tournage de "Bagdad Turf "...
Par Mondir Madfai
A l'ouest de Bagdad, entouré par des quartiers majoritairement sunnites, se trouve l'hippodrome de Bagdad. Malgré la menace de mort que les parieurs subissent en venant à cet endroit, ils continuent à y parier sans aucune hésitation, sans s'inquiéter ni de la présence des islamistes extrémistes, ni des milices religieuses dont les sièges sont tout près de ce club...Même le chef d'Alqaïda en Irak, Alzarkaoui, a passé quelques temps dans le quartier d' Amerya où se trouve l'hippodrome !
Les arabes adorent les chevaux, qui ont toujours été liés avec leur histoire antique ; les mousquetaires arabes ont toujours fait la guerre au dos de leurs chevaux adorables. C'était très intéressant pour un arabe de posséder un cheval de pur sang arabe pour pouvoir se présenter devant les autre comme un "vrai homme", qui a certaine compétence. Et dans cette société là, le cheval avait quelque fois plus de valeur qu'un fils; c'était un signe d'honneur.
Si quelqu'un avait l'envie de fasciner sa bien-aimée, il fallait qu'il soit sur son cheval pour affirmer qu'il était prêt pour toujours à affronter les autres sans peur. C'étaient les principes d'autrefois : la domination de la force, mais aujourd'hui, les chevaux sont devenus un moyen de gagner l'argent, de s'amuser ou de passer le temps libre.
Le chek d'une mosquée sunnite, Ahmeed Albakri, à répondu à ma question sur le cas des chevaux chez les musulmans autrefois et aujourd'hui : "les chevaux étaient la colonne vertébrale de la vie autrefois, et je suis désolé qu'ils soient devenus aujourd'hui un moyen de parier ; c'est humiliant pour nous en tant qu'arabes et pour nos chers chevaux" ; et il a cité l' exemple d'un homme actuel qui vit comme au sixième siècle: "prenez Ossama Ben Laden[…] il n'accepte jamais de se déplacer en voiture, il est toujours avec son cheval qui vaut trois fois plus cher qu'une voiture Opel".
L'hippodrome de Bagdad a été fondé en 1929 dans un pays sous mandat Britannique, par le roi d'Irak Faysal Ier et sir Gilbert Clayton. Il a pris le nom d'"Iraq turf club". Et en 1996, sous la direction d'Oudei, le fils aîné de l'ex président Saddam Hussein, il est devenu l'"Equestrian Club".
Mais il n'a pas échappé aux pillages que toutes les administrations ont subies après la chute du régime de Bagdad le 9 avril 2003 ; et à cause de cela, les papier de la plupart des chevaux purs-sangs arabes ont été perdus, ainsi qu'une grande quantité de chevaux dont chacun coûte plus de dix milles euro. Grâce à l'ancien avocat Loai Alsaidi, qui gère aujourd'hui le Club d'une main de fer, l'hippodrome a rouvert, dépassant tous les handicaps même face aux américains, qui ont tenté de prendre le contrôle du club pour le transformer en Caserne militaire…
Grâce à Alsaisi, le Club a repris ses activités, qui ne sont pas bornées aux courses : il y a aussi des écuries pour l'élevage des chevaux, où l'on prend soin de ceux issus de races rares. Le Club fonctionne trois fois par semaine le vendredi, le dimanche et le mercredi. Il y a un journal publié par le Club, qui contient de petits articles sur les chevaux et les noms de ceux qui vont participer aux courses.
Le tournage de film "Bagdad Turf" que nous avons réalisé pour EQUIDIA s'est déroulé en deux périodes: la première avec la présence de la réalisatrice française Marie-Ange Poyet, qui a été hébergée à Bagdad chez une famille irakienne avec son co-réalisateur Louis André Morand; ils étaient très audacieux de travailler à Bagdad alors que Chesnot et Malbrunot étaient encore otages en Irak chez les Islamistes.
Nous avons travaillé ensemble bien que la situation ne soit pas sûre. Il y avait toujours le couvre- feu qui commençait à 20h et cela nous a enchaîné parce que nous habitions très loin du Club et si on ne respectait pas le couvre-feu, on risquait d'être kidnappés ; au moment du retour, le chemin devenait très dangereux car au coucher du soleil, notre voiture était toujours la seule qui roulait dans les rues, raison pour la quelle Marie-Ange était obligée pendant toute la journée de porter un foulard sur sa tête et des habits régionaux, pour se fondre parmi les femmes irakiennes et éviter les dangers durant ce long trajet. .
Nous avons travaillé comme une vraie équipe, sous l'aile de la fraternité, pendant trois semaines. Et lorsque notre courageuse réalisatrice a été obligée de partir, nous étions sur le point d'achever le tournage du film. Quelques semaines plus tard, j'ai repris le travail, cette fois-ci seul et sans mon inspiratrice Marie-Ange ; mais elle ne m'avait pas laissé tout seul sur le terrain : il y avait toujours des contacts entre nous deux pour arriver à notre but.
Ce que j'ai trouvé étrange, c'était l'atmosphère du club, qui se trouve au milieux de quartiers des extrémistes où l'on entend toujours des bruits de bombes ou de roquettes lancées par les Mudjahidins contre les convois américains qui passent juste à coté de club, sans oublier les échanges de balles et les rafales continues entres les forces de la sécurité irakienne et les milices religieuses armées ; c'était très dur parce que les derniers jours de tournage se sont déroulées durant la semaine de l'assassinat de Zarqaoui "le chef d'Alqaïda à Bagdad", dans des circonstances telles qu'il y avait des centaines de parieurs qui jouaient, qui gagnaient et perdaient leur argent sans avoir peur de ce que se passait juste derrière les murs.
Leur nonchalance à l'égard de ce que nous entendions m'a rassuré, et j'ai pu continuer mon travail jusqu'au dernier moment.
J'ai imaginé que ce club était comme une petite principauté indépendante à l'ouest de Bagdad, dirigée par des laïques qui disent toujours : " nous somme libres de choisir d'être là ou d'aller à la mosquée". Ces hommes m'ont aidé à achever le film, et ont parlé librement, avec un esprit mondain, pendant les 52 minutes de " Bagdad Turf" -film qui parle des chevaux de Bagdad et qui sera diffusé sur EQUIDIA le 14 novembre- et m'ont permis de savoir que le Club est fait pour les gens qui ont des âmes libres, dans un pays déchiré entre la férule de l'occupation américaine et la guérilla parmi les courants religieux.
Finalement je me demande si les parieurs ne peuvent s'empêcher de jouer, ou s'ils lancent un défi contre les mouvements d'islamisation...

Marie-Ange Poyet, réalisatrice de "Bagdad Turf"

Mondir Madfai, journaliste irakien, à travaillé sur le tournage de "Bagdad Turf". Ici, avec une résidente de la MDJ.
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