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"Le bonheur d’Emma", de Sven Taddicken

Par Lisa Tormena

Doux, aussi un peu sucré, et presque naïf. "Le bonheur d’Emma", deuxième long métrage de Sven Taddicken, sorti l’année passé au cinéma et bientôt en DVD, est essentiellement une histoire d’amour pimentée par les difficultés financières de la jeune fille, Emma (Jördis Triebel), et par la "condamnation à mort" du jeune homme, Max (Jürgen Vogel), qui souffre d’un cancer au pancréas. Malgré le coté dramatique de l’histoire, Taddicken réussit à nous donner un film délicat et agréable, même en parlant de la mort et de l’euthanasie. Malheureusement, il touche cette dernière question seulement en surface.

Le film s’ouvre avec une image tendre et choquante en même temps. Emma joue avec des cochons, elle en attire un au-dessous d’un arbre, le cajole, l’embrasse. Ses mains cherchent quelque chose dans l’herbe, elles reviennent avec un couteau qu’elle utilise pour égorger l’animal. Ce n’est pas la "violence" du geste qui trouble le spectateur, mais plutôt sa spontanéité, et la tendresse avec laquelle elle tue le cochon en l’accompagnant dans la mort avec caresses et mots doux. "Ce n’est pas la mort elle-même qui fait peur, mais le moment où l’on meurt".

D’un coté, Emma, jeune orpheline éduquée par son grand-père, vit seule dans la ferme familiale qui risque d’être vendue en raison de dettes. Ses uniques compagnons sont les animaux avec lesquels elle trouve la paix. De l’autre coté, Max, méthodique employé chez un concessionnaire de voitures, apprend qu’il souffre d’un cancer mortel. Deux mondes aux antipodes, liés seulement par la solitude. C’est un accident de voiture qui les fait se rencontrer. Max vole de l’argent à un ami pour fuir au Mexique pour y terminer ses jours, mais sa folle course se termine devant la maison d’Emma.

Les deux protagonistes se rapprochent lentement l’un de l’autre, en connectant ainsi leurs mondes éloignés jusqu’à la révélation de leur amour. Ainsi racontée, l’histoire paraît très banale. Effectivement, elle n’est pas particulièrement développée ou originale. Par contre l’excellente prestation des acteurs, la simplicité des images, leur hyperréalisme ainsi que les couleurs très chaudes donnent au long métrage quelque chose de spécial et de vraiment émouvant. On est touché par les différentes histoires des protagonistes, on les suit dans leur parcours et on accompagne Max dans la mort.

A la fin du film, prévisible comme l’évolution de leur histoire, Emma concède à son amant un dernier geste d’amour, en acceptant de le tuer comme elle fait avec ses cochons. Mais elle ne trouve pas le courage et ce sera à Max de se donner la mort en s’égorgeant. La question de l’euthanasie est dans ce cas là montrée presque comme un fait privé.

Quelques jours après mon arrivée en France, le 15 mars, tous les journaux parlait de Chantal Sébire, affectée par un tumeur au visage et qui s’est donné la mort. Sa lutte pour une mort digne a été une lutte publique qui a ouvert de nouveau la discussion sur cette question si délicate. En Italie, on a eu presque le même développement avec les histoires de Piergiorgio Welby, mort en décembre 2006, et du père de Eluana Englaro, encore vivante mais dans le coma depuis 1992. On ne peut pas dire la même chose du "Bonheur d’Emma", malgré les possibles intentions de Taddicken, qui n’atteignent pas leur but.

 


"Le bonheur d'Emma"
de Sven Taddicken
Editions Jour2Fête
1er avril 2008

19,95 euros
1h39


 

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