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Exposition "Esclavage domestique", à la Galerie Fait & Cause
Par Lisa Tormena
Rosalie avait 12 ans quand, en 1997, sa cousine l’a ramené en France avec la promesse d’une éducation scolaire contre une aide à la maison et avec les enfants. Dès son arrivée de la Côte d’Ivoire, sa vie n’a fait qu’empirer.
Pendant cinq ans, elle a été maltraitée, chargée de toutes les taches ménagères et du soin des six enfants, sans pouvoir aller à l’école, sans contacts avec sa famille et sans salaire. Une esclave moderne sans identité qui finalement a réussi à s’enfuir et à dénoncer sa cousine et son mari. Son histoire ressemble à celles de centaines d’autres jeunes femmes arrivées en Ile-de-France avec l’espoir d’un travail et d’un avenir meilleur, et obligées, au contraire, à des horaires de travail inhumains, privées de leur passeport et de leur liberté, sous nourries, menacées, battues et quelque fois même torturées.
Cela arrive ici, sous notre regard, dans des bâtiments anonymes, dans des appartements comme il y en a beaucoup. Raphaël Dallaporta a photographié ces immeubles familiers pour nous montrer la monstruosité qui se cache derrière la normalité, derrière des façades peintes de frais, dans des maisons qui ressemblent aux nôtres. Son travail, réalisé en collaboration avec le Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), est exposé jusqu’au 12 juillet à la Galerie Fait & Cause. Chaque image est commentée par la journaliste Ondine Millot qui nous raconte, avec des textes qui accompagnent les photos, ce qui s’est passé au-delà de ces fenêtres fermées. Une nouvelle forme d’esclavage de notre époque : l’esclavage domestique.
On découvre l’histoire de Bernadette, qui a subi dix mois de tortures dont elle porte encore les marques sur sa peau et dans son âme. En 2006, sa tortionnaire a été condamnée a dix ans de prison. Et il y a aussi Angha, indienne de 42 ans, séquestrée pendant 5 mois dans un appartement du XVIè ; Violette, malgache de 22 ans, obligée à travailler jusqu’à 20 heures par jour ; Amina, qui venait du Sri Lanka et "petite bonne" d’une famille des diplomates ; Irène, arrivée elle aussi à 12 ans et chargée pendant cinq ans des tous les travaux domestiques et du soin des enfants.
Mais il y a aussi l’enfer d’Indira, 41 ans, exploitée par une riche styliste et couturière qui voulait la chasser quand elle a découvert que sa « bonne à tout faire » avait un tumeur intra-utérine. Et Henriette, togolaise de 15 ans, petite esclave dans la maison du chef d’une grande maison d’édition qui affirmait avoir une ligne éditoriale éthique ; et Yasmine, Hina, Elsa et toutes les autres… C’est le Comité contre l'esclavage moderne, association créée en 1994 par la journaliste Dominique Torres, qui les aide dans tous les phases suivantes, du soutien psychologique à l'assistance pour obtenir les papiers, jusqu’au tribunal, pour les cas où elles acceptent de porter plainte contre leurs bourreaux. Le CCEM, qui travaille dans le territoire français, a porté secours dans l’hexagone à plus de 500 victimes de l'esclavage domestique.
Il s’agit surtout de jeunes filles, provenant souvent de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Les personnes qui les "accueillent" en France, parfois des amis de la famille ou des proches, sont quelquefois des riches citoyens, français, mais surtout étrangers, entrepreneurs et même diplomates qui ne peuvent pas être poursuivis en justice parce qu’ils sont protégés pas l’immunité. Leurs histoires et la façon dont leur liberté a été volée pour plusieurs mois ou plusieurs années se ressemblent. Sans papiers et sous menace, dans la majorité des cas elles se sont retrouvées dans un Pays dont elles ne connaissaient pas la langue, ni la culture, et leurs propres droits. A tout cela s’ajoutait la peur, l’isolation, la perte de leur identité. Traitées comme des objets qu’on peut exploiter et après jeter, souvent enfermées dans la maison de leurs "employeurs", elles s’en sont sorties, grâce à la fuite, ou à l’aide de quelqu’un, qui les a écouté et a appelé au secours.
exposition "Esclavage domestique"
photographies de Raphael Dallaporta
textes de Ondine Millot
jusqu’au 19 juillet
galerie FAIT & CAUSE
58, rue Quincampoix, Paris 4è
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