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"Les Citronniers", de Eran Riklis
Un film pour réfléchir sur la question israélo-palestinienne

Par Lisa Tormena

"Est-ce que tu entends les loups ? Parfois je voudrais être parmi eux et hurler". Toute la rage silencieuse du film "Les Citronniers" semble se concentrer dans cette phrase, prononcée par la palestinienne Salma, personnage principal de la dernière réalisation de Eran Riklis. Au centre de l’histoire, un verger de citronniers en terre palestinienne, qui risque d’être rasé pour des raisons de sécurité. D’ici et sans rhétorique, le réalisateur nous raconte la coexistence difficile entre Israéliens et Palestiniens, les contradictions d’une terre sanglante, le combat d’une veuve qui cherche à sauver ses plantes et la naissance d’une complicité discrète entre deux femmes qui, selon toutes apparences, sont trop éloignées pour se comprendre.

Veuve depuis dix ans et seule après le départ de ses trois enfants, Salma (Miam Abbas) vit dans un village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés depuis 1967. Elle a hérité de son père un verger des citronniers qui lui permet de survivre, mais l’arrive d’un nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense (Doron Tavory), changera sa vie. Ses arbres luxuriants deviennent une menace : selon les militaires, ils pourraient permettre aux terroriste de s’approcher de la maison du politicien israélien. Le rapport de voisinage se transforme alors en symbole des difficultés entre les deux peuples, l’un soumis aux exigences de l’autre, pendant que le regard du réalisateur israélien prend le parti de la femme palestinienne, même en nous montrant simplement le "mur de séparation"…

D’un côté il y a Salma, qui voudrait crier sa rage au milieu des loups, mais qui ne le fait pas. Au contraire. Elle défend ses citronniers jusqu’à la Cour Suprême en devenant l’emblème d’une lutte pacifique. De l’autre côté, il y a le ministre de la Défense qui tourne le dos et sa femme, Mira (Rona Lipaz-Michael), la seule israélienne à être touchée par l’affliction de Salma. Entre les deux femmes s'établit une complicité silencieuse (elle s’interpellent seulement une fois pendant le film), toujours entourée par leur solitude. Après tout ça, il y a l’attraction aussi spontanée qu’impossible entre Salma et le jeune avocat qui l’aide. Un amour contrarié par les voisins palestiniens qui voudraient obliger la veuve à rester fidèle à la mémoire de son mari défunt.

Le film, tourné en langue hébraïque et arabe, a reçu le Prix du public au Festival de Berlin section Panorama. L’intrigue du verger qui risque d’être rasé est un stratagème pour montrer les contradictions et les tensions entre Palestine et Israël et pour faire réfléchir sur le problème de frontières (géographiques et culturelles) entre les deux peuples. Bien que Eran Riklis ait affirmé qu’il ne voulait pas faire un film politique, "Les Citronniers" paraît être tout de même une claire condamnation de l’occupation israélienne.

 

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