Informer n’est pas un crime : une SPME marquée par la parole des journalistes MDJ
Dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias à l’école (SPME), qui s’est tenue du 23 au 29 mars, la Maison des journalistes a intensifié ses actions en faveur de la liberté de la presse. Au total, sept journalistes sont allés à la rencontre de lycéens et collégiens à travers huit actions d’éducation aux médias et à l’information (EMI), menées dans onze classes réparties dans cinq villes, dont deux en DROM-COM. Une mobilisation d’ampleur, fidèle à la mission de l’association : sensibiliser les jeunes aux enjeux contemporains de l’information.

À Rennes, la journaliste Niyaz Abdulla alerte sur la répression des médias
À Rennes, au lycée Chateaubriand, une quarantaine d’élèves ont pu échanger avec Niyaz Abdulla, journaliste iraquienne contrainte à l’exil en France. Un témoignage poignant sur le déni d’expression démocratique, le prix de la vérité, et la réalité de l’exil. Au cours de cette rencontre, elle a rappelé que la liberté de la presse demeure une condition essentielle au développement des sociétés démocratiques.
Il n’existe aucune garantie absolue que la démocratie perdure dans le monde, car dès que les partis et les politiques au pouvoir évoluent, nous risquons de perdre les acquis obtenus. C’est pourquoi, en tant que journalistes, nous devons défendre le rôle et l’importance de la presse dans le processus démocratique, affirme-t-elle avec conviction.
En Iraq et au Kurdistan, Niyaz Abdulla décrit une situation particulièrement alarmante : journalistes assassinés, emprisonnés, ou encore réduits au silence par tout autre moyen. Dans ce contexte, les autorités cherchent à façonner un journalisme docile, au prix d’une répression systématique qui précipite le non-respect des lois sur la presse et la Constitution irakienne.
Classé 155e sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), l’Irak n’est pas un cas isolé. La Turquie et l’Iran comptent parmi les plus répressifs, et leur ingérences dépassent parfois leurs frontières, notamment à l’égard des journalistes irakiens, enlevés et tués simplement parce qu’ils critiquent les autorités de ces derniers.
La rencontre s’est poursuivie vers un temps d’échange auquel les jeunes ont été très enthousiastes à participer.

Former les citoyens de demain face à la désinformation
La Maison des journalistes est ensuite intervenue auprès des lycéens de l’Académie de Créteil. C’est devant un auditoire composé d’une trentaine d’élèves du lycée Eugène Delacroix et de leurs professeurs que Armel Langanda, journaliste congolais, a partagé son parcours d’exil.
Journaliste d’investigation pendant plus de dix ans en République Démocratique du Congo dans un climat d’instabilité politique, il se réfugie en France en 2024.
Son intervention a mis en avant la mission d’intérêt public des médias, tout en alertant sur les dangers de la désinformation. À travers des ateliers pédagogiques, il a invité les élèves à développer un regard critique face à l’information, insistant sur la responsabilité citoyenne d’être vigilant face aux fake news.
Au lycée Paul Bert, deux conférences-débats ont été animées par Sidy Ndao, journaliste sénégalais. Menacé de prison en raison de ses écrits, il a dû quitter précipitamment le Sénégal en 2025. Son témoignage a souligné avec insistance le rôle fondamental d’une presse libre, qu’il qualifie de « pilier de la démocratie ». Informer n’est pas un crime, a-t-il rappelé aux élèves, affirmant qu’aucun journaliste ne devrait être emprisonné pour avoir exercé son métier . Un message qui n’a pas laissé les élèves indifférents, suscitant de nombreuses questions, preuve d’un réel engagement des élèves face à ces problématiques.
En Guyane, les élèves confrontés aux réalités de la liberté de la presse
La fin de la SPME a été marquée par plusieurs actions EMI auprès de trois classes de l’Académie de Guyane.
Le jeudi 26 mars, au lycée Polyvalent Bertene Juminer de Saint-Laurent-du-Maroni, une classe de seconde a eu l’occasion d’échanger avec Djify Elugba, journaliste congolais spécialisé dans les thématiques environnementales. Après avoir présenté son parcours professionnel et le contexte politique de la RDC – l’un des pays les plus risqués pour les journalistes en Afrique – il a rappelé la menace persistante qui pèse sur les professionnels des médias. Face à des meurtres et disparitions qui s’accumulent à un rythme préoccupant, ces derniers continuent pourtant de défendre le droit à l’information dans un pays marqué par des crises sécuritaires, politiques et humanitaires chroniques.
Ce moment de partage a permis aux élèves de découvrir d’autres réalités, et plus largement de réfléchir aux enjeux de l’information et la liberté d’expression.

Enfin, la SPME s’est clôturée avec l’intervention de Walid Bourouis, journaliste tunisien et ancien résident de la MDJ, auprès des élèves de BTS Communication et de première, dans les lycées Lama Prévot et Lumina Sophie.
Avec plus de 15 ans d’expérience en tant que journaliste, Walid Bourouis multiplie les interventions en milieu scolaire. Il a tout d’abord retracé son parcours, notamment son enquête sur la société audiovisuelle tunisienne Cactus Prod, qui l’a exposé à du harcèlement et à des gardes à vue arbitraires, le menant au chemin de l’exil. Classée à la 129e place sur 180 par RSF, la Tunisie reste confrontée à des défis persistants en matière de liberté de la presse, malgré la chute du régime de Ben Ali. Pour lui, l’enjeu est clair: préserver le rôle critique des médias à l’égard de pouvoir politique, souvent qualifiés de « quatrième pouvoir ».
Informer peut coûter la vie. C’est la réalité à laquelle ont été confrontés plus de 250 élèves, sensibilisés aux enjeux du journalisme et de l’information. À travers ces témoignages, ils ont pris conscience de la censure et de la répression auxquels s’exposent les journalistes pour faire émerger la vérité, souvent au péril de leur vie.
Alix Broudin
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