Les diplomates du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sensibles aux actions de la Maison des journalistes

Le mercredi 11 février, la Maison des journalistes a eu l’honneur de recevoir une délégation de l’Académie diplomatique et consulaire du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, conduite notamment par M. Keyvan Sayar, chef du département de la coopération internationale de l’Académie diplomatique et consulaire. La délégation réunissait des représentants de plusieurs pays, dont la Slovénie, la Grèce et le Danemark, ainsi que des stagiaires et des apprentis de l’Académie.

Après avoir guidé ses hôtes dans les locaux, la directrice de la Maison des journalistes, Darline Cothière, a rappelé la pertinence de l’action de la MDJ ainsi que l’importance de cette visite : 

« Dans un contexte mondial où la liberté de la presse recule dans de nombreux pays, où les journalistes sont de plus en plus souvent réduits au silence, emprisonnés, contraints à l’exil, la Maison des journalistes joue un rôle qui dépasse ses murs. Nous sommes un maillon essentiel d’une chaîne de solidarité internationale. Et cette visite en est la preuve : le dialogue entre la société civile et les institutions diplomatiques est non seulement possible, il est nécessaire. Ce sont ces ponts-là que nous devons construire et renforcer ensemble. »

Darline CothièreDirectrice de la MDJ

Des récits d’exil pour éclairer les réalités politiques de leurs pays

La délégation a, par la suite, échangé avec cinq journalistes accompagnés par la Maison, dont deux résidents actuels et trois anciens résidents. Ces derniers, originaires d’Afghanistan, de Turquie (Kurdistan), de la République démocratique du Congo, d’Haïti et de Russie, ont partagé leur perspective, en tant que témoins des enjeux géopolitiques de leur région. 

D’autres sujets ont également été abordés par les journalistes, notamment la situation de la liberté de la presse dans leurs pays respectifs. Noorwali K., journaliste afghan, a rappelé le rôle central des Talibans dans la censure des chaînes de télévision et des médias dominants, ainsi que la difficulté d’accéder à une information factuelle et indépendante. De son côté, Simon S., journaliste kurde et ancien résident, a mis en lumière les discriminations et persécutions subies par le peuple kurde par le gouvernement turc. Il a souligné que c’est précisément cette injustice qui l’a poussé à devenir journaliste, afin d’être, selon ses mots, « la voix de ce peuple opprimé ».

Protéger les journalistes en exil : quelles mesures concrètes ?

Les diplomates ont ensuite pris la parole pour s’interroger sur les actions concrètes qu’ils pouvaient mener, en tant que représentants diplomatiques, afin de mieux protéger les journalistes en exil. Souhaitant intégrer ces échanges aux recommandations adressées au ministère, ils ont demandé l’avis des journalistes sur les mesures à privilégier, qu’il s’agisse de faciliter leur exfiltration, renforcer l’appui de l’ambassade de France ou améliorer les procédures d’asile et d’accès au visa humanitaire.

En réponse, les journalistes ont partagé leur parcours d’exil, des menaces dans leur pays aux défis d’installation en France. Plusieurs ont ainsi insisté sur la nécessité de renforcer l’accompagnement, en amont comme sur le territoire français, et de mieux soutenir les journalistes encore menacés à travers le monde, souvent confrontés à de lourdes démarches pour obtenir un visa humanitaire.

Si la France reste l’un des rares pays européens relativement « généreux » en la matière, a rappelé M. Sayar, la procédure demeure complexe. Le journaliste tchétchène Ivan (nom modifié) a dit mesurer sa chance d’avoir pu rejoindre l’Europe, tandis que plusieurs de ses collègues n’ont toujours pas pu obtenir de rendez-vous pour déposer une demande de visa, même après trois ans. David (nom modifié), de la RDC, quant à lui, a alerté sur les menaces pesant sur les journalistes congolais et a plaidé pour une réduction des délais, qui « pourrait nous aider amplement ».

Enfin, Keyvan Sayar a exprimé son soutien et son admiration aux journalistes, saluant leur courage et leur détermination à lutter contre les injustices. « Nous partons avec une admiration très profonde », a-t-il déclaré à l’issue de l’échange. Cette visite a été l’occasion d’un échange riche et humain, témoignant de l’engagement des représentants du MEAE en faveur de la liberté de la presse et de la protection des journalistes exilés.

Alix Broudin

_______________________________

© Alix Broudin, et MDJ