LA MDJ REÇOIT LE JOURNALISTE MEXICAIN RICARDO HERNANDEZ, LAURÉAT DU PRIX BREACH-VALDEZ

En partenariat avec l’Ambassade de France au Mexique, la Maison des journalistes a organisé le 7 novembre un temps d’échange entre ses résidents et le journaliste mexicain Ricardo Hernandez. Lauréat du prix Breach-Valdez, il a évoqué son enquête sur la face cachée de la populaire station balnéaire de Cancun, située dans l’est du Mexique.

Devant un public composé de quelques journalistes résidents de la Maison des journalistes, le journaliste Ricardo Hernandez s’est exprimé dans les locaux de l’association ce mardi 7 novembre, sur son enquête « La face cachée de Cancún : près des plages paradisiaques et du luxe, la misère et la violence », traduite et publiée sur le site d’investigation  Mediapart. Le journaliste était accompagné de Madeleine Osorovitz, conseillère politique à l’Ambassade de France au Mexique, pour traduire ses propos en français.

Le journaliste mexicain Ricardo Hernandez avec Madeleine Osorovitz, conseillère politique à l’Ambassade de France au Mexique.

Mettre en lumière les petites mains de Cancún

Dans ce long reportage, prix Breach-Valdez,  Ricardo Hernandez souhaitait se détacher du côté luxueux de Cancun et davantage se focaliser sur les bidonvilles et les petites mains qui permettent de faire fonctionner correctement la station balnéaire de l’est du Mexique. « La seule chose dont on parle et dont on fait la promotion à propos de Cancun, ce sont ses plages, son tourisme, mais on évite, empêche, écarte le flux des informations sur ce qui se passe au-delà », expliquait Ricardo Hernandez à l’AFP.

Ainsi, devant les résidents de la Maison des journalistes présents pour cette conférence, Ricardo Hernandez a pu revenir sur les coulisses de son enquête. « J’ai décidé de me focaliser sur Cancun parce que je voulais vraiment que le lecteur puisse avoir une vision globale de cet endroit et pas juste de carte postale comme certaines agences touristiques aiment le faire ».

Travailler dans le luxe, vivre dans la misère et la violence

En effet, avec 4 millions de touristes par an d’après les chiffres du secrétaire au tourisme du Mexique, Cancún est devenu un symbole du tourisme de masse. Mais ce jardin d’Éden qui accueille des touristes du monde entier a aussi une face plus sombre. « Mon objectif était aussi de montrer qu’à Cancún, il existe des bidonvilles dans un état exécrable dans lesquels vivent les personnels qui font tourner les hôtels. Imaginez le contraste énorme pour eux : ils travaillent dans de grands hôtels luxueux de Cancún, mais vivent dans la misère au quotidien », insiste Ricardo Hernandez. Un chiffre alarmant illustre cette face obscure de Cancún : d’après l’Institut des statistiques mexicain (Inegi), le taux de suicide le plus élevé de la République mexicaine se trouve… à Cancún.

«Comme un peu partout au Mexique, la corruption est toujours présente. Cancún n’échappe pas à la règle. Les politiques n’agissent pas vraiment pour que cela change. Grandir dans un environnement gangrené par les narcotrafiquants ne doit pas être banalisé !»
Ricardo Hernandezjournaliste mexicain, lauréat du prix Breach-Valdez

Pour le journaliste mexicain, en plus d’éradiquer les cartels, des actions simples et concrètes peuvent être mises en place au niveau local. « Comment les enfants pourraient s’épanouir si par exemple ils n’ont pas de parc à disposition pour s’amuser ? Ils ont besoin de profiter de leur insouciance avant tout et il faut prendre en compte leur bien-être ! » s’exclame t-il.

Des mécanismes de protection défaillants pour les journalistes

À la fin de la conférence, Ricardo Hernandez s’est prêté à une séance de questions-réponses avec les journalistes résidents de la MDJ, qui ont attentivement écouté son récit. Ces derniers l’ont notamment interrogé sur les conditions de travail du journaliste mexicain et sur sa sécurité sur place à Cancún. « Au Mexique, il existe des mécanismes de protection pour les journalistes, mis en place par les gouvernements fédéraux et les États. Concrètement, il y a des caméras des boutons de panique ou encore une protection policière pour les journalistes menacé », explique Ricardo Hernandez. « Mais ces mécanismes  ont des failles et ne fonctionnent pas toujours. Ils n’empêchent pas les assassinats et les meurtres de journalistes ». Le journaliste dénonce un manque de moyens pour venir en aide à tous les journalistes mexicains menacés. Le Mexique est considéré comme l’un des pays les plus dangereux au monde pour exercer le métier de journaliste, selon l’organisation Reporters sans frontières, qui a recensé plus de 150 journalistes tués depuis 2000. Mais alors, comment enrayer ces meurtres ? « Au-delà du manque du moyen, il faut qu’il y ait une véritable volonté de la classe politique de lutter contre les assassinats de journalistes, qu’ils se rendent compte que c’est une atteinte extrêmement grave à la liberté de la presse », insiste sur un ton ferme Ricardo Hernandez. 

« J’ai été renvoyé du journal où je travaillais parce que cela affectait l’image de Cancún. »

Ricardo Hernandezjournaliste mexicain, lauréat du prix Breach-Valdez

Malgré toutes les menaces et les persécutions qu’il a pu subir à Cancún, Ricardo Hernandez arrive à garder un filet d’espoir en représentant à sa manière celles et ceux que l’on n’entend pas  : « Tant qu’il y aura des journalistes pour tendre la parole à ces personnes indispensables qu’on invisibilise, je continuerais à garder la tête haute ». 

Par Chad Akoum 

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©  MDJ, Chad Akoum