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Le vendredi 30 mars, la MDJ a accueilli un groupe d’élèves du collège Chatenades de Mussidan dans l’académie de Bordeaux. Accompagnée de leurs professeurs, la vingtaine d’élèves a été accueillie par Darline COTHIERE, directrice de la MDJ, Lisa Viola ROSSI, chargée de mission Sensibilisation, et Margot FELLMANN, volontaire en Service Civique pour une visite des locaux de l’association et une rencontre avec plusieurs journalistes.

Les journalistes Abdessamad AIT AICHA et Halgurd SAMAD entourés des élèves du collège des Chatenades, de leurs professeurs et de l’équipe de la MDJ. Photos © Margot FELLMANN

Dans le cadre d’un voyage de classe à la découverte de l’engagement citoyen, les élèves de 5e et leur camarades en classe ULIS (Unitée Localisée pour l’Inclusion Sociale), des jeunes en situation de handicap léger, de retard cognitif ou social, ont passé quelques jours à Paris. Ils ont notamment été reçus par les Restos du Cœur pour participer à une distribution de soupe sur la place de la République ou encore par Amnesty International. Un voyage qui s’est conclu avec la visite de la MDJ.

Tout de suite guidés vers la salle de réunion, les élèves bordelais ont pu entendre les mots de bienvenus de Darline COTHIERE. « J’imagine que vous connaissez un peu la MDJ, que faisons-nous ici ? » et à l’un des jeunes de répondre : « vous récupérez des journalistes en danger ». Les adolescents ont été préparés à cette visite par leurs professeurs. Dans leurs mains, un crayon et un petit carnet qui les a suivi à travers les rencontres de la semaine et qui reprend les questions préparées pour mieux connaitre la MDJ.

Le premier journaliste intervenant pendant cette matinée était Halgurd SAMAD, venu du Kurdistan irakien. Pour lui, « être journaliste, c’est plus qu’un métier. C’est défendre la liberté d’expression de tout le monde. » C’est donc sans détour qu’il répond aux questions de jeunes, impressionnés par cet homme qui a été agressé à deux reprises pour avoir exercé son métier de journaliste. « Des policiers ont cassé ma caméra, ils ont confisqué mon matériel ». Les élèves veulent comprendre : pourquoi doit-on fuir son pays ? comment peut-on tout abandonner ? « Un ami journaliste a été tué. Devant sa maison car il avait dénoncé les méthodes de la police et la corruption. » C’est le moment déclencheur, et c’est aussi par ces mots que les collégiens vont comprendre.

« On laisse sa mémoire, sa famille, ses amis, les biens matériels. On laisse tout. » Halgurd SAMAD

Cette réalité dure à saisir est l’un des enjeux de l’opération Renvoyé Spécial qui encadre cette journée. Il faut notamment faire prendre conscience aux jeunes de la chance qu’ils ont de grandir en France, mais aussi qu’ils ont une place à prendre dans la lutte pour la liberté d’expression, en tant que citoyen.

Le marocain Abdessamad AIT AICHI est ensuite venu se présenter devant le petit groupe. Il témoigne de son engagement pour le journaliste d’investigation et le journalisme citoyen dans son pays. Un engagement qui l’a poussé à fuir et à assister aujourd’hui, impuissant depuis la France au déroulement de son procès pour « atteint à la sécurité de l’état ». Les jeunes se penchent sur leurs questions pour en savoir plus : « Préférez-vous le Maroc ou la France ? J’aimerais rentrer au Maroc. Mais j’aime la France, c’est une terre d’accueil. On y trouve beaucoup de nationalités, je ne sens pas ma différence », raconte le journaliste.

« J’avais envie de vivre dans un espace de liberté. » Abdessamad AIT AICHA

Les réactions des élèves :

« Il faut continuer à se battre contre les lois contre les journalistes » (Théo)

« Je trouve cela triste car la vie des journalistes exilés peut être totalement chamboulée par un article ou un tweet. » (Maéline)

« Cela a dû être dur à vivre. ce témoignage nous fait rencontre compte de la dureté d’exercer ce métier. »

« La démocratie est importante pour ne pas avoir à mentir sur son opinion et pouvoir être sincère. » (Benoîte)

« J’ai appris comment se passe la vie des journalistes exilés ici. L’histoire d’Halgurd SAMAD est triste. » (Emma)

« Ce témoignage m’a permis de mieux comprendre les vies et les histoires des journalistes en exil, mais surtout la politique dans leurs pays d’origine. Je pense que ça ne se fait pas de leur avoir donner des menaces de mort. » (Jason)

 

Le jeudi 29 mars, le lycée Edgar Quinet de Paris (9e arr.) a reçu la journaliste Nazeeha SAEED. Originaire du Bahreïn, elle est actuellement en exil en France grâce au soutien du réseau ICORN et de la Ville de Paris, dont elle est résidente.

À l’occasion de la Semaine de la Presse et des Médias dans l’École®, les élèves de seconde Bac Pro Commerce avaient préparé cette rencontre avec leurs professeurs coordonnés par la professeure documentaliste Françoise JACQUES. Une action qui s’inscrit dans le cadre de l’opération Renvoyé Spécial, menée en collaboration avec le CLEMI et avec le soutien de Presstalis.

La journaliste Nazeeha SAEED est accompagnée d’une professeure (à g.) qui assure la traduction de la rencontre en anglais. Photo © Lisa Viola ROSSI

Accompagnée d’une délégation composée de représentants de la MDJ, de la Ville de Paris ainsi que du CLEMI, Nazeeha SAEED a été reçue par les professeurs organisateur de la rencontre ainsi que par Olivier SELLIER, proviseur, et Manuel HERRAIZ proviseur adjoint pour l’enseignement professionnel.

En ouverture de cette rencontre parisienne, Darline COTHIERE, directrice de la MDJ, a ainsi commencé la rencontre en présentant en quelques mots les missions de la MDJ et plus particulièrement l’opération Renvoyé Spécial. Elle était accompagnée de Lisa Viola ROSSI, chargée de mission Sensibilisation et Communication, et de Margot FELLMANN, volontaire en Service Civique. Marianne ACQUAVIVA, coordinatrice du CLEMI pour l’académie de Paris, sa collègue Marie-Esther D’ANJOU, ainsi que Karin FOULEDEAU de la Délégation générale aux Relations internationales de la Ville de Paris, étaient également présentes et sont intervenues pour présenter aux élèves les institutions qu’elles représentent et leur rôle dans l’opération Renvoyé Spécial.

Darline COTHIERE s’adresse aux élèves de la classe avec (de g. à d.) Olivier SELLIER, proviseur, les professeures organisatrices, Margot FELLMANN, volontaire, Nazeeha SAEED, journaliste, et Karin FOULEDEAU, représentante de la Ville de Paris. Photo © Lisa Viola ROSSI

Une élève de la classe se lève pour poser sa question à Nazeeha SAEED en anglais avec l’aide d’une professeure du lycée Edgar Quinet qui se charge de la traduction. Photo © Margot FELLMANN

L’intervention de Nazeeha SAEED a commencé par une présentation de son parcours. Elle a parlé de son pays, le Barheïn, de son travail de journaliste et des raisons qui l’ont poussée à prendre la route de l’exil. Les lycéens avaient ensuite préparé des questions en anglais. Ils ont particulièrement été intéressés à comprendre la situation politique qui a entraîné l’engagement de Nazeeha SAEED pour la liberté d’expression dans son pays. Ils ont également été très curieux de connaître les sentiments de la jeune femme et la manière dont elle vit cette période difficile.

Les professeures sont intervenues tout au long de l’échange pour encourager la réflexion des élèves. Pour conclure, l’une d’elles a invité les jeunes à exprimer un adjectif pour décrire Nazeeha SAEED : «Courageuse», «Indépendante»,  «Libre», «Forte», «Engagée». Un moment qui a fortement émue la journaliste.

Pour la remercier de sa présence, le lycée Edgar Quinet a offert un bouquet de fleurs à Nazeeha SAEED qui a été applaudie à plusieurs reprises par les jeunes et le corps enseignant.

Les réactions des élèves

« Le témoignage de Nazeeha SAEED m’a appris que la liberté de la presse n’existait pas dans tous les pays, que nous avions de la chance de vivre dans un pays libre et avec des droits. »

« Je trouve la situation des journalistes exilés très dure psychologiquement car ils n’ont pas pu s’y préparer. »

« Certains journalistes ne se laissent pas faire. Mais après, comme madame Nazeeha SAEED, ils sont emprisonnés car ils ont voulu faire leur travail, leur devoir. C’est grâce à des personnes comme elle que nous allons changer et bouger les choses. »

« J’ai été frappée par sa solitude. Elle ne voit pas souvent sa famille. »

« Nazeeha SAEED a vécu beaucoup de choses traumatisantes mais elle reste néanmoins une femme très courageuse, forte indépendante et libre. »

Sur les réseaux sociaux

 

Le vendredi 23 mars, la MDJ a reçu une délégation de cinq journalistes haïtiens dans le cadre d’un voyage de presse organisé par la direction de la Presse et de la Communication du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ce voyage avait pour objectif de permettre à ces professionnels de l’information de découvrir les médias français de l’intérieur et d’échanger avec des journalistes y travaillant afin de pouvoir travailler au développement des médias en Haïti.

Accompagnés de Jean-André VIALA, représentant du Ministère des Affaires étrangères, ils ont été accueillis et guidés par Darline COTHIERE, directrice de la MDJ, et Denis PERRIN, membre du Conseil d’Administration, ainsi que par Margot FELLMANN, volontaire en Service Civique. Cette rencontre a également été l’occasion de rencontrer le responsable de la division Afrique du CFI (Agence française de coopération de médias), Bernard CHENUAUD.

Darline COTHIERE et Denis PERRIN entourés de la délégation de journalistes haïtiens, accompagnés de deux journalistes de la MDJ, de Turquie et de Syrie, ainsi que de Reza JAFARIAN, ancien résident de la MDJ. Photos © Margot FELLMANN

La visite a permis à la délégation haïtienne de découvrir la MDJ, structure unique au monde, mais aussi de rencontrer leurs confrères, victimes de répression dans leur pays pour avoir voulu pratiquer une presse libre. Depuis sa création en 2002, la MDJ a accueilli une dizaine de journalistes haïtiens, preuve s’il en faut que la situation du pays en matière de liberté de la presse n’est pas optimale. Après un tour des locaux de l’association et la rencontre avec les différentes personnes travaillant à l’Action sociale, à la Communication et à l’Oeil de la Maison des journalistes, mais aussi au Foundraising, le petit groupe a aussi pu échanger avec deux journalistes de la MDJ, un turc et et un syrien.

S’engager pour une presse libre, des Caraïbes au Moyen-Orient

Cet après-midi placé sous le signe de l’échange s’est poursuivi avec un moment de discussion. Les membres de la délégations haïtienne ont partagé le regard qu’ils portent sur la presse dans leur pays : « On ne peut pas dire que la presse en Haïti soit menacée quand on regarde d’autres pays. Mais les médias sont à l’image du pays : affaiblis, a expliqué l’un d’eux. Par exemple, nous ne connaissons pas d’enquête sur la corruption alors que le pays est clairement touché, plusieurs rapports le montrent. »

Les deux journalistes actuellement hébergés par la MDJ ont à leur tour partagé avec les visiteurs leurs histoires, les causes de leur exil mais aussi leurs espoirs de reconstruire leur vie en France et de voir l’avenir de leur pays s’éclaircir. Enfin, ils ont également pu expliquer les raisons de leur fort engagement pour la liberté de la presse.

Quel avenir pour les médias haïtiens ?

Cette journée a également été l’occasion pour les journalistes haïtiens d’être informés du projet mené par le CFI dans leur pays. Cet organisme agit pour l’aide au développement des médias dans plusieurs pays en voie de développement. Il mène des projets en partenariat avec des médias locaux traditionnels, mais également avec des webradios ou des webactivistes. En Haïti, il lancera prochainement une action pour soutenir les radios diffusées au-delà de Port-au-Prince, la capitale. L’objectif est de permettre une meilleure formation des journalistes par exemple au management éditorial et donc à terme une meilleure information délivrée à la population haïtienne.

Les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 auront lieu pour la onzième édition les Assises Internationales du Journalisme et de l’Information de Tours. A cette occasion, la MDJ sera présente pour participer aux débats sur les conditions de production d’une information de qualité aujourd’hui en France. Alberic DE GOUVILLE, vice-président de la MDJ, modérera la rencontre avec deux journalistes membres de l’association : Abdessamad AIT AICHA du Maroc et de Mandian SIDIBE de Guinée, ainsi que Darline COTHIERE, directrice de l’association. Rendez-vous le jeudi 16 mars de 11 heures au Centre International de Congres Vinci de Tours.

A suivre, sur la même journée, Elyse NGABIRE, journaliste burundaise ex résidente de MDJ, interviendra à la grande soirée des Assises, « Médias et migrants ». 

Cette année, c’est le journaliste Thomas SOTTO qui présidera le jury des Assises internationales du journalisme, chargé de remettre plusieurs prix dont le prix du « Enquête et reportage ». Ce prix a été remporté par le journaliste de la MDJ, Karam AL-MASRI lors de l’édition 2017 pour son reportage à Alep sous les bombes pour l’ Agence France Presse (AFP) Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide avec la journaliste Rana Moussaoui.

(Re)découvrir le travail de Karam AL-MASRI ET Rana MOUSSAOUI en photos, textes et vidéos

 

Retour en images sur les moments forts de l’édition 2018

Revue de presse

Pour télécharger la version PDF de l’article de Roxanne d’Arco publié par Respect Mag le 3 Mai 2017, cliquez ici A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, Respect mag a rencontré Darline Cothière, directrice de la maison des journalistes depuis 2011, à Paris. Au menu : missions de cette maison unique au monde, le journalisme dans le monde et les failles en France. Bonjour Darline Cothière ! Pourriez-vous nous expliquer un peu ce qu’est la maison des journalistes ? C’est une structure associative qui accueille et accompagne des journalistes exilés politiques, donc des demandeurs d’asile ou réfugiés, qui viennent de différents pays. Ce sont des personnes qui ont été menacées dans la pratique de leur profession dans leur pays, parce qu’elles avaient traitées de sujets sensibles, que leur travail n’avait pas plu au régime en place. Sur la base de leurs publications et de leurs engagements, certains ont fait de la prison, ont été pourchassés, d’autres torturés. Pour eux, l’exil est un dernier recours. La maison des journalistes est comme une piste d’atterrissage pour ces journalistes qui arrivent en France. Ce sont souvent des personnes qui n’avaient pas planifié leur départ de leur pays. Des fois, ils prennent la décision de sortir du pays dans la journée. Par contre, on n’intervient pas dans les pays d’origine mais d’autres organisations le font, comme Reporters sans frontières, Freedom House ou le comité de protection des journalistes. Concrètement quelles sont vos actions ? Nous avons un volet social. Les personnes doivent avoir un toit, de l’aide pour les démarches administratives. Il faut qu’elles continuent aussi, autant qu’elles peuvent, à exercer leur métier. C’est pour ça que nous avons un journal en ligne, qui s’appelle l’Oeil de l’exilé. Vu qu’il y a la barrière de la langue, on travaille avec des traducteurs pour le journal, qui a été reconnu par le ministère de la Culture comme un vrai média en ligne. Les articles passent donc par un comité de rédaction et sont publiés par la maison des journalistes. On a aussi une blogosphère, ceux qui le souhaitent peuvent publier aussi directement sur le blog dans leur langue maternelle. C’est aussi des activités pédagogiques. Nous allons partout dans les salles de classe, dans les lycées en France où nous faisons des ateliers de sensibilisation au respect de liberté de la presse et de l’expression. Ça commence par un témoignage sur le parcours d’exil… Comment fonctionne la presse dans mon pays, pourquoi je suis partie… C’est tout un travail qui manque généralement dans l’éducation aux médias en France. Ce n’est pas seulement comment on fait un journal, écrire un article … Il manque souvent la dimension humaine, surtout dans un contexte où énormément d’informations circulent, notamment les fake news, via les réseaux sociaux. Et c’est d’autant plus important d’avoir ce témoignage. Notamment lorsque leurs jeunes voient des reportages sur le Yémen ou la Syrie. Pourquoi ce travail envers le jeune public ? Depuis les attentats de Charlie Hebdo, mais pas seulement, nous avons décidé de multiplier ce travail mais aussi diversifier les publics, notamment auprès de jeunes placés sous protection judiciaire. Notre public privilégié est vraiment les jeunes. On a une quarantaine de rencontres tous les ans. Ce n’est pas uniquement un témoignage, il y a vraiment l’aspect pédagogique qui est travaillé en amont avec les enseignements. Les enseignants nous expliquent souvent qu’ils sont assez déconcertés lorsqu’ils abordent certains sujets avec les élèves, quand arrivent les questions « Je suis Charlie », les adeptes des théories du complot… On essaie d’apporter un autre « savoir-faire ». Par exemple, on a accueilli des journalistes qui ont été pourchassés par Daech ou deux camps à la fois, par exemple. Les jeunes ont une idée de ce que c’est, mais le fait que la personne puisse en témoigner, c’est justement pour dire que les valeurs fondamentales importent et pas seulement la politique ou autre. On arrive à éveiller nos consciences. Quelle est votre regard sur la question de la liberté de la presse en France, sachant qu’elle est à la 45ème position dans le classement annuel de Reporters sans frontières ? C’est vrai que la France n’est pas dans une position idéale sur la presse. Il faut rester vigilant. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un pays démocratique que ces valeurs sont acquises. Quand on demande à des journalistes de révéler leurs sources, c’est une atteinte à la liberté de la presse. Il y a d’autres formes de pression… Mais au moins, il y a des institutions et des recours qui existent, pour éviter cette dPlaque à la maison des journalistes, à Paris, en hommage à la journaliste russe Anna Politkovskaya. Crédit photo : Roxanne D’Arco Plaque à la maison des journalistes, à Paris, en hommage à la journaliste russe Anna Politkovskaya. Crédit photo : Roxanne D’Arco érive. Comment se place la maison des journalistes dans le monde ? On est une structure unique au monde jusqu’ici. Elle représente la situation de la presse dans le monde. Plein de nationalités sont représentées, et ils arrivent en fonction de l’actualité. Avec la crise syrienne, on a eu évidemment beaucoup de Syriens. Nous avons reçu des Afghans, des Soudanais, des Burundais, des Rwandais, des Centre-Africains, des Yéménites… Pour certains pays, les journalistes n’arrivent pas à sortir aussi. Par exemple, nous n’avons quasiment pas eu de Chinois ici, et on connait la situation dans ce pays « démocratique ». C’est révélateur de l’état du monde. Quel est votre sentiment par rapport à la liberté de la presse dans le monde ? J’ai l’impression que ça se dégrade un peu. Il faut voir ce qui se fait dans d’autres grands pays. Quand un président américain, pour ne pas le nommer, accuse constamment les journalistes de mentir, s’en prend à eux… C’est une forme de répression « douce » qui commence à s’installer dans ces pays à tradition démocratique. Même en France, lorsqu’on voit la façon dont des candidats à l’élection présidentielle, comme François Fillon ou Marine Le Pen (l’interview a été faite avant le premier tour, nldr), traitent les journalistes. On peut dire que c’est anecdotique, mais c’est quand même choquant. Les journalistes, partout, peuvent s’enfermer dans une forme d’autocensure. Il faut une vigilance, et la société civile doit aussi la défendre. L’indépendance de la presse est également compliquée, comme on l’a vu avec le journaliste qui a travaillé sur la Crédit Mutuel et la non-diffusion de son sujet sur Canal+. Pour aller plus loin, rendez-vous à la conférence « Journalistes : le quatrième pouvoir en danger ? », le mardi 23 mai 2017, de 19h15 à 20h45, à l’auditorium Crédit Coopératif (Nanterre). Pour plus d’informations, cliquez ici.

« Cette maison à une âme. Celle d’une France fraternelle, solidaire et nous sommes heureux de vous y rejoindre.» C’est ainsi que Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie, a consacré le partenariat privilégié qui unit désormais la Maison des journalistes à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Darline COTHIERE insiste sur l’importance de protéger la liberté de la presse et ceux qui la portent devant Michaëlle JEAN, Danièle OHAYON, co-fondatrice et présidente d’honneur de la MDJ, Richard FERRAND, vice-président d’En Marche!, Christophe DELOIRE, secrétaire générale de RSF et de l’assistance venue nombreuse ©J-F DEROUBAIX

Aux côtés de Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes, et de Michaëlle Jean, Hicham Mansouri, journaliste d’investigation, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF), et Richard Ferrand, Secrétaire général d’En Marche!, ont affirmé leur engagement pour la liberté de la presse et d’expression en France et à l’international à l’occasion de la Journée mondiale de la Liberté de la Presse, le 3 mai 2017.

Michaëlle JEAN, Secrétaire générale de la Francophonie et Darline COTHIERE, directrice de la MDJ, aux portes de la Maison des journalistes, le 3 mai 2017 ©J-F DEROUBAIX

Découvrez ci-dessous le discours de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie (ici pour la lecture) :

Des représentants de la diplomatie française et internationale, des personnalités du monde politique, les amis de la Maison des journalistes et de nombreux professionnels de l’information s’étaient réunis en cette journée pour évoquer avec gravité, mais aussi espoir la situation de la liberté de la presse dans le monde et des journalistes dans toutes les régions du monde. L’occasion aussi pour la Secrétaire générale de la Francophonie et sa délégation de visiter les locaux de l’association et de rencontrer quelques uns des journalistes exilés, actuels résidents de la MDJ.

Rencontre avec les journalistes résidents de la MDJ pour Michaëlle JEAN, aux côtés de Richard FERRAND, Secrétaire général d’En Marche!, et Romain NADAL, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères et du Développement International ©Cyril BAILLEUL/OIF

Mauritaniens, syriens, afghans, turcs, marocains, burundais, irakiens, rwandais, yéménites ou ouzbeks, les habitants de la Maison des journalistes ont en commun l’exil, seule porte de sortie face à l’oppression, l’intimidation, la menace, la torture, la prison, la guerre et parfois, la mort. Parce que journalistes, ils sont devenus les cibles d’un pouvoir qu’il soit politique, ethnique ou religieux. Hicham Mansouri, journaliste d’investigation marocain en exil poursuivi pour « atteinte à la sécurité de l’État » suite à ses enquêtes,  témoigne : « Jamais je n’ai imaginé que je serai, quelques années plus tard, un des résidents de la Maison des journalistes. C’est pour dire si on ne choisit jamais son asile ou comme le dit un proverbe marocain :  Aucun chat ne se sauve de la maison où se déroulent les festivités d’un mariage . […] En continuant nos combats en exil, non seulement nous restons fidèles à nos convictions et à nos causes, mais aussi et surtout nous lançons un message de défi à ces régimes autocrates et dictatoriaux. Un message qui dit que réprimer n’est pas et ne sera jamais une solution. […] La MDJ ouvre ses portes aux membres de la grande famille de la liberté de la presse et d’expression à travers le monde.».

Ci-dessous, le discours d’Hicham Mansouri, journaliste d’investigation marocain:

Les prises de parole ont toutes souligné la nécessité et l’urgence pour toutes les démocraties de garantir et d’entretenir ces libertés en protégeant les journalistes et les professionnels des médias. En France, alors que la campagne pour l’élection présidentielle a été marquée par des attaques répétées à l’endroit de la presse et de ses représentants, Darline Cothière, directrice de la MDJ, a tenu à rappeler que «la lutte pour le respect d’informer et plus largement la lutte pour le respect des valeurs fondamentales prennent tout leur sens dans les sociétés actuelles. […] Pour les journaliste persécutés, menacés, traqués, il faut un refuge. C’est toute l’essence de notre travail ici.», avant de se féliciter du nouveau partenariat conclu avec l’OIF : « Madame la Secrétaire générale, vous êtes ici chez vous ! Vous qui avez été journaliste, vous qui avez connu l’exil […], vous qui incarnez, à travers vos multiples fonctions et engagements, les valeurs de paix, d’ouverture aux autres, de tolérance.».

Retrouvez le discours de Darline Cothière, directrice de la Maison des journalistes :

Un combat juste et nécessaire, comme l’a souligné Christian Auboyneau, président de la Maison des journalistes dans sa prise de parole :

« Liberté et vérité. 

Le sujet d’aujourd’hui c’est certes la liberté de la presse dans le monde mais en fait, ce qui nous réunis aujourd’hui c’est la défense de la vérité qui n’est plus dans bien des pays un sujet de préoccupation !

Je vous propose donc un instant de remplacer le mot liberté par le mot vérité. 

Les journalistes sont  les garants de la liberté mais fondamentalement leur quête c’est la vérité et ils peuvent mourir pour cela.

La vérité pour nous journalistes c’est parler des responsables publiques corrompus, des scandales sanitaires, de l’oppression des citoyens, des privations de libertés, d’une planète en danger etc…

On doit parler de cette vérité là. C’est la mission des journalistes.

Or aujourd’hui dans les programmes et les propos politiques populistes, la vérité est absente. Ce n’est plus du tout une exigence.  Nous, journalistes, sommes attachés à cette vérité. C’est notre raison d’être. Nous en somme les garants. 

N’oublions pas que nous disons à nos enfants : dis la vérité ! 

Adultes, les journalistes prolongent cet engagement que nous avons pris, enfants.

Alors je vous dirais qu’aimer la liberté c’est aimer passionnément la vérité quitte à mourir pour elle, à être emprisonné pour elle, à se retrouver en exil pour elle, ici, à la Maison des journalistes.»

 

Retrouvez l’interview de Darline Cothière par RespectMag  ici en pdf.

Découvrez le résumé de cet événement, mis en image par Halgurd Samad (journaliste) et Zanyar Oomrani (JRI) pour la Maison des journalistes à l’occasion de la Journée mondiale de la Liberté de la Presse, le 3 mai 2017 :